J’ai perdu ma mère à 4 ans. Je ne conserve d’elle qu’un souvenir très flou. Je la vois dans un halo, une sorte de clair-obscur, des bribes d’images sans contour ni réalité. Son visage m’échappe. Son sein, en revanche, m’apparaît encore clairement. Chez nous, dans le désert algérien, les enfants sont allaités longtemps. Lorsque je suis devenu orphelin, il y a eu beaucoup de sollicitude autour de moi. J’ai ce souvenir d’une femme qui se penche vers moi pour me consoler, la sensation de ses deux gros seins et du trouble qui m’a saisi. Pas un trouble érotique, non, mais la conscience d’avoir perdu ce qui était associé à cette poitrine : la protection, la chaleur maternelle. Ma fille, Sophie, me dit parfois que mes angoisses sont peut-être liées à cette perte. Ce qui est certain, c’est que la quête du féminin m’a toujours accompagné. Je ne parle pas seulement du désir charnel, mais du besoin de l’amitié, de l’affection des femmes.
J'ai un énorme contentieux avec la modernité
Thème : Modernité
Par Pierre Rabhi le vendredi 14 janvier 2011, 16:33
Je ne partage pas l'idée selon laquelle l'économie de marché à sorti le monde de la précarité. Je suis témoin du contraire. Dans cette oasis du Sud algérien où j'ai grandi, j'ai vu une petite société pastorale bouleversée par l'arrivée de l'industrie houillère. Mon père, qui faisait chanter l'enclume pour entretenir les outils des cultivateurs, a dû fermer son atelier pour s'abîmer dans les entrailles de la terre. Au Nord comme au Sud, des hommes ont été consignés pour faire grossir un capital financier dont ils n'avaient que des miettes. Ils y ont perdu leur liberté, leur dignité, leurs savoir-faire. J'avais 20 ans quand j'ai réalisé que la modernité n'était qu'une vaste imposture.
Je ne suis ni du Nord ni du Sud
Par Pierre Rabhi le vendredi 03 décembre 2010, 13:19
Lorsque l’on est, comme moi, composé de deux cultures, du Nord et du Sud (je suis français d'origine algérienne), on se construit sur des valeurs qui ne sont pas nécessairement convergentes. Vers 42 ans, je me suis beaucoup questionné sur mon identité. Durant des années, mes préoccupations avaient été tournées vers ma ferme. Allais-je réussir à nourrir ma famille ? Devions-nous rester ou nous en aller ? Nous étions absorbés par notre production agricole, jusqu’à ce que nous réussissions enfin à en vivre. C’est à ce moment-là que mes problèmes d’identité m’ont rattrapé.
La clé du changement
Par Pierre Rabhi le mardi 16 novembre 2010, 10:26
Depuis quarante-cinq ans, j’ai orienté mon parcours autour de cette question : comment se mettre au service de la vie, de la scène même de la vie, cette planète dont la beauté ne cesse de me couper le souffle ? Devant la marche du monde, je ne cesse de me demander comment il est possible que nous ne la voyions pas dans sa splendeur. Pourquoi n’avons-nous aucun émerveillement ? Vue du ciel, la planète n’est pas la mappemonde découpée que nous en avons fait. Nous sommes libres d’organiser le vivre-ensemble comme bon nous semble. Or nous avons eu la bêtise de fragmenter ce qui est par principe unitaire : la planète, le vivant…
Nous sommes surdoués, mais crétins
Par Pierre Rabhi le mardi 24 août 2010, 16:38
Je le confesse, je suis le nouvel analphabète des technologies modernes. Incapable de me servir d’Internet. Je rate certainement quelque chose, mais j’y gagne en tranquillité (j’exprime ici ma gratitude aux personnes qui m’assistent avec ces outils devenus indispensables). Je n’ai rien contre les nouvelles technologies, elles ne sont ni bonnes ni mauvaises. Tout dépend de l’usage que l’on en fait. Elles pourraient participer à ce que Teilhard de Chardin appelle l’union créatrice¹, contribuer à une élévation des consciences. C’est en partie vrai.
Cultiver son jardin est un acte politique
Par Pierre Rabhi le jeudi 08 juillet 2010, 14:45
Comment s’étonner que le fossé se creuse entre les citoyens et ceux qui sont censés les représenter ? Qui sent encore qu’il peut participer aux choix qui concernent son avenir ? Nos dirigeants ont certes pris la barre à la suite d’un vote, mais nombre de leurs décisions ne correspondent pas à ce pour quoi ils ont été élus. Leur tâche se limite à un pilotage aléatoire du quotidien, qui n’ouvre aucune perspective d’avenir. Pire : il l’oblitère, en assurant la pérennité d’un modèle de croissance illimitée dont plus personne n’ignore qu’il est incompatible avec la finitude des ressources planétaires.
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